Au clair de la lune, mon ami Pierrot…

28 août 2013

lettreAlors que je suis en plein drame existentiel (l’abus de M&M’s est mauvais pour la santé, signez la pétition pour les ranger dans les drogues dures), ma vie sur AUM continue tranquillement. Plus pour très longtemps, la dame sature un brin (plutôt qu’un brun, avouez que la vie est mal faite).

Bref, après de multiples échanges avec ces messieurs, j’en suis à déterminer ce qui fait un bon échange mail (car, non, je ne rencontre pas les gens dès le premier bonjour échangé, ni même le deuxième). Après, ça dépend des personnes mais je sais que, personnellement, un échange virtuo-épistolaire est à même de me charmer. Pourquoi ? Parce qu’on prend le temps. Le temps de se révéler, le temps de séduire, le temps de coucher un peu de soi sur écran (avant de coucher tout court). Notez bien que je comprends pourquoi la plupart souhaite une rencontre rapide (à part s’envoyer en l’air), car à trop parler on se forge immanquablement une idée définie de l’autre en face et les risques de déception sont bien plus grands quand le jour J arrive (d’où le fameux manque d’étincelle). Moi, j’aime l’écrit, je le maintiens. Ça me pousse au rêve et me rassure en même temps. En plus, il est bien plus évident de connaître la personne entre les lignes non exprimées, à mes yeux il n’y a rien de plus fort.

Ceci étant, tous les échanges ne sont pas qualitatifs (mais comme c’est une partie qui se joue à deux, j’avoue ne pas toujours y mettre du mien). Il suffit d’un rien pour que tout bascule et que je me bloque. Mais comme je suis polie, je réponds, mais très laconiquement. C’est un peu la même chose quand tu veux rompre mais ne veux pas prendre l’initiative : tu lasses ton partenaire en espérant qu’il parte de lui-même. Que se passe t-il si au cours d’un match de ping-pong l’autre cesse de renvoyer la balle ou met de la mauvaise volonté ? Une raquette finit toujours par terre et il ne reste qu’un joueur autour de la table ! A l’écrit, c’est pareil.

En fonction du texte en face, je sais d’avance ce qui me poussera à me révéler un peu (ce qui est toujours une épreuve), ou si ça sera laborieux (voire pénible).

Qu’est-ce qui  marche ? Déjà, le type qui ne te prend pas à rebrousse-poil en forçant les confidences ou en te rappelant sans cesse qu’il veut te voir. Esprit de contradiction oblige, on obtiendra le résultat inverse. L’humour, c’est un truc qui marche à tous les coups chez moi. Ça ouvre la porte et me donne envie de jouer le jeu. Bon, le piège c’est quand ça vire au bon copinage (je suis sûre que le site Adopte un Pote ferait un carton). Une jolie écriture, sans se prendre au sérieux, c’est ultra séduisant, qu’on se le dise. Tout comme une certaine culture (il faut bien parler de quelque chose, « tu baises ? » étant assez limité). Et prendre le temps sans rien forcer. Un échange réussi est naturellement fluide, se met en place spontanément, promesse d’une future complicité. Sans pour autant s’obliger à pondre un roman ou s’écrire toutes les 5mn.

En revanche, il existe de vrais répulsifs à l’écrit. Bien sûr, je pourrais arrêter de répondre à chaque fois mais ça ne fait pas partie de mon éducation. Malgré tout, j’évite de blesser les autres. Bon, il évident que le mec qui te propose de coucher (« Tu veux un jeunot pour égayer tes nuits ? ») aura droit à une fin de non recevoir ferme et définitive. Gentille mais faut quand même pas déconner. Il en va de même pour le malade mental qui a créé un faux profil de fille pour me parler gratuitement, qui a exprimé sa déception en m’appelant « connasse moche » quand j’ai décliné son aimable proposition.

Mais le pire est ailleurs. En effet, l’idée d’avoir à passer un interrogatoire ou un entretien d’embauche m’insupporte (sauf si c’est effectivement un entretien d’embauche). Rien de plus frustrant que d’avoir à répondre à des questions sur ses qualités et ses défauts, ou de faire une passe de tennis avec quelqu’un qui rebondit sur tout ce qu’on raconte avec un « et pourquoi ? ». Qui n’a jamais eu envie de baffer les gamins de 4 ans qui font ça ? Qui ? Alors imaginez quand il s’agit d’une conversation avec  le potentiel homme de votre vie ! « Et pourquoi t’es comme ça ». « Et pourquoi tu penses ça ? ». « Et pourquoi t’es en CDD ? ».« Et pourquoi t’as pas de mec ? ». « Et pourquoi t’as des chats ? ». « Et pourquoi tu aimes ça ? ». Et pourquoi je continue de te parler, hein, pourquoi ? Masochisme ? Politesse exagérée ? Pour éviter de commettre un meurtre ?

Les mecs intrusifs sont également anti-sex en diable. « T’as fait quoi, avec qui, t’étais où, et pourquoi tu vois d’autres gens ? » (ah bah, le « et pourquoi » marche partout en fait). Et je n’oublie pas l’orthographe défaillante (je suis snob) et la multitude de lol (« Ça va lol ? », « T’as pas de vacances ? lol », « Moi ça va, je suis resté chez moi, lol »), ou la familiarité non désirée. Parfois ça se cumule pour devenir le combo de la mort « Sa va m’a chérie ? lol. T’été av des amis, ta fé quoi ? lol. Et pourquoi tu laisse pas tombé tes amis pr venir dans mes bras ? lol » (ne riez pas, c’est véridique à 99%).

C’est vrai qu’il est difficile de trouver le bon rythme, les bons mots, la complicité. Rien n’est immédiat sous peine que ça vire à l’artificiel et au convenu. Toutefois, la séduction n’est-elle pas censée créer une forme de magie ? Une danse envoûtante qui fait battre le cœur, le mien, le vôtre ? Dans le fond, on en revient toujours à la même chose, ce n’est pas tant comment on écrit mais qui nous écrit !

D’ailleurs, n’hésitez pas à laisser un commentaire, j’aime tellement lire !

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