Ce rêve bleu…

5 janvier 2015

Aladdin 2Avec un titre comme ça, j’aurais presque envie de te parler de mon pyo défunt, Lecteur. Mais je m’abstiendrai. Tout comme je vais t’épargner ma liste de bonnes résolutions pour 2015 comme celles qui fleurissent déjà sur la blogosphère. D’autant que je ne vois pas comment ça permettrait d’attaquer l’année de manière positive. C’est vrai ça, se faire une liste d’interdits « Pas manger/ Pas glander / Pas rêver / Pas boire / Pas fumer / Pas baiser / etc. », il y a quand même plus réjouissant pour se mettre de bonne humeur et croire en l’avenir.

Mais revenons au rêve bleu…Oui Lecteur, car tu es crô crô fort, tu auras reconnu la chanson cuculte d’Aladdin. Déjà, tu repenses aux paroles, tu ris en songeant au Génie, « Sérieux, c’était trop bien Aladdin ! », tu souris en visualisant les meilleures scènes… La minute Disney de Noël étant révolue, je vais me permettre de casser tout ça. Car je dois avouer que je déteste Aladdin. Pire, je hais encore plus cette chanson, le comble du niais si vous voulez mon avis. D’un autre côté, j’ai grandi en lisant les véritables Contes des 1001 Nuits, donc, moi, les singes qui rigolent avec des génies bleus, hein…

Évidemment, j’en connais qui vont bondir « Quoi ? Mais Aladdin c’est trop bien, cette chanson ça fait trop rêver, bla bla bla ». C’est justement ça le problème (et le véritable objet de cet article) mes petits lapins en sucre. Si l’amour est une belle chose qui fait rêver, qui sublime la réalité, on a tout à perdre à rêver sa vie. Car c’est un vrai problème, le trentenaire a beau être cynique, pragmatique, dans une logique de consommation, seul…il continue de fredonner dans sa tête la jolie mélodie Disney (quand dans 20 ans « Libérée » fera des ravages dans les salles d’attente psy). Paradoxe vivant, il vise le rêve ultime (bleu au passage ou rose bonbon s’il est un poil daltonien) et met à la poubelle sans état d’âme toute relation qui s’éloignerait d’un iota des chemins à paillettes vers les nuages. On rêve d’amour toujours mais on s’engage de moins en moins.

Pourquoi, comment, c’est bien compliqué de s’y retrouver. Je vous invite au passage à consulter cet article qui m’a donné quelques pistes de réflexion. Il serait plus simple de n’y voir qu’une cause, on pourrait alors tous bosser dessus et on serait rapidement moins seuls. Si seulement. Déjà, on s’est tous noyés dans ce vaste supermarché de l’Amour qu’est Internet. Mais qui de l’œuf ou la poule hein, toujours la même histoire. Est-ce l’essor d’Internet qui a poussé les générations XY à changer leur manière de considérer l’amour, ou bien la peur du vrai qui nous a tous jetés dans le virtuel barba à papa ? Qu’importe, le résultat est le même : je regarde, je prends, je jette, je réessaye jusqu’à vomir parce que ça ne marche jamais comme dans les contes de fées.

On s’abreuve de réseaux sociaux, de contacts fictifs à outrance, on sort pour de vrai, on n’a jamais la tête vide ou alors vide du trop, on fantasme sur ce qu’on voit ailleurs, on s’identifie, on se compare à ce qu’on pense être réel, on confond, mais au final on reste seuls face à son écran ou son histoire d’un soir car tout ce qu’on cherche c’est une étoile inaccessible. Le truc c’est qu’on oublie souvent qu’une étoile c’est une lumière morte, elle est juste suffisamment loin pour nous permettre de rêver et de ne pas être déçus par la réalité.

Maintenant, c’est bien joli de blâmer le rêve, Internet, la société, mais il est encore plus important de se regarder en face. Car ce qui engendre ce rêve qui nous empêche de vivre heureux en vrai, c’est nous seuls et notre égoïsme. Égoïsme pourquoi ? En quoi viser l’ultime passion serait égoïste ? D’une part, parce qu’on va traiter sans égard ou ménagement quiconque ne serait pas le prince ou la princesse du livre. On l’a lu, vu, cru autour de nous, l’amour c’est comme ça et pas autrement. S’il n’y a pas d’étincelles dès le début, de coup de foudre, ou si à terme ce n’est pas un long chemin tranquille pavé de roses, non ça c’est pas pour moi, je passe mon chemin. Peu importe qui est en face, s’il mériterait la chance d’être découvert, même s’il semble formidable, il ne colle pas au schéma. C’est le rêve ou rien.

Notez que cela peut même dépasser le stade de la rencontre. Combien de couple se cassent en miettes au bout de 6 mois, 1 an, 3 ans parce que d’un coup on sort de la relation fantasmée pour rentrer dans la vie réelle des chaussettes sales, des désaccords, des difficultés ? Eh oui, c’est un fait, un grand nombre de trentenaires est incapable de s’engager (certains de l’ayant jamais fait de leur vie et il y a peu de chances que ça change) dans une relation car la réalité de l’amour n’est pas ce qu’ils imaginent ? La preuve en est que ces personnes ont souvent des exigences très marquées dès le début. L’autre doit ressembler à ci ou ça, il doit être comme ci ou comme ça, penser de telle façon, comme moi ou presque, aimer les mêmes choses que moi, réagir comme je le pense, vouloir faire tout comme j’ai envie, mais surtout m’aimer comme je suis, ne jamais me demander de changer, faire tous les efforts pour que je me sente bien, partager ma vie en s’intégrant dedans…sans que j’ai à faire la même chose pour lui mais ça serait inutile vu que cette personne serait parfaite pour moi comme dans les films. Ben oui quoi, Monsieur et Madame Charmants ont ça de pratique qu’ils naissent pile poil préfabriqués pour nous et notre confort, tellement adaptés à notre petite personne qu’on est heureux ensemble pour toute la vie, qu’on n’a jamais mal, que les génies chantent sur un tapis volant et surtout on n’a jamais à fournir le moindre effort pour sortir de notre bulle d’ego. Un « Sois tel que je veux pour que tu m’aimes toujours comme je suis et que je m’aime tout seul à travers tes yeux ».

Je ne sais pas vous, mais la vraie vie amoureuse de maintenant, ça me rappelle mes Barbies (j’étais une grande fan). Mes Barbies avaient leur monde, leur personnalité, leurs histoires. C’était magique, j’étais une sorte de dieu. Je leur insufflais la vie, je déterminais leur destin, elles avaient la vie que je rêvais pour elles et dont je rêvais aussi pour moi. Ma Barbie préférée avait une vie de dingue, elle sortait tout le temps, avait des tas d’amis, des filles la jalousaient et il y avait Ken. Ken était parfait (bon, il état un peu limité du slip, ce dernier restant fondu à son corps…pauvre Barbie !), passionné, intelligent, riche, gentil, toujours prêt à réaliser les rêves de Barbie, à l’aimer comme elle était et à s’adapter à 100% pour son bonheur (Ken était suffisamment crétin pour vivre dans le sacrifice par amour). Voilà. Quelque part, on joue tous à la poupée entre deux parties de jambes en l’air plus ou mois réussies. On est sa propre Barbie avec une vie qu’on essaye de rendre magique, et on cherche un Ken qu’on pourra manœuvrer ou du moins adapter parfaitement à sa propre vie. Notre vie étant comme ça (et encore, on s’illusionne souvent sur sa propre vie ou même sa personnalité), Ken devra être obligatoirement comme ça, sinon ça ne marchera jamais et on ne pourra pas être heureux pour l’éternité. Et on dégage Monsieur Patate. Le truc c’est qu’on oublie souvent qu’il y a de vraies personnes en face, avec des rêves propres, une personnalité toujours imparfaite, des espoirs et surtout des besoins qui leur appartiennent et méritent qu’on s’y intéresse. Parce qu’on ne vit pas dans l’univers plastique de Barbie et qu’une vraie relation amoureuse, ce sont deux personnes qui essayent imparfaitement de faire vivre un rêve qu’elles n’avaient pas quand elles étaient seules et font comme comme elles peuvent malgré les galères de la vie.

Mais l’égoïsme ne s’explique pas que par une mauvaise nature, un abus de films jeunesse ou de mauvais pornos (ça rend hyper égoïste mais pas d’une façon que je suis tenue de relater dans cet article). Qu’est-ce qui nous pousse au fond à jouer les Peter Pan qui rêvent du Neverland de l’amour ? Maman, Bobo, je veux pas aller à l’école ! La peur est un moteur. Sauf qu’au lieu de nous faire avancer sur une petite route de campagne, ce moteur nous fait reculer à toute berzingue sur l’autoroute des émotions. On ne peut pas arriver à 30 ans sans s’être mangé un tas de murs plus ou moins violents. Certains maîtrisent l’art de la résilience, finissent toujours par se relever tout en gardant la foi. Perso, j’en fais partie. Mais même dans ces cas-là, on se relève de moins en moins vite et de moins en moins bien. C’est comme une fracture. On peut se casser plusieurs fois la même jambe, ça n’empêchera pas de marcher. Mais ça mettra de plus en plus de temps pour recommencer à courir et on peut finir par boiter définitivement. Le cœur, Lecteur, c’est pareil. A force de se casser, ça marche drôlement moins bien. Et encore, là c’est dans le meilleur des cas.

Pour ceux qui ne savent pas se remettre de leurs blessures, qui ont un vrai traumatisme inconscient, qui ne voient même pas qu’ils ont eu si mal que ça les a changé, il se passe quoi ? Il se passe ce qu’on appelle communément la peur de l’engagement. Des gens qui fuient tout le temps et toujours pour les mêmes raisons : l’autre ne m’aimait pas comme je suis, l’autre n’a pas fait d’efforts pour moi, l’autre ne collait pas à ma personne idéale, envie de voir si l’herbe est plus verte ailleurs des fois que la famille charmante s’y cache, je ne partageais rien avec l’autre c’était pas comme dans mes rêves, le quotidien était chiant…

Peur de l’engagement, peur de l’intimité, peur de sortir de sa zone de confort, peur de l’inconnu, peur de la réalité, peur de l’autre, au final seulement une pathétique peur de souffrir, parce que la première fois ça faisait trop mal. Tout ce qui reste de ces peurs, ce sont des personnes qui restent seules, enchaînent les petites histoires qui n’aboutissent jamais à rien, rêvent d’un amour parfait avec bonheur toujours sans jamais aimer pour de vrai, mais qui ne comprennent pas ce qu’elles ont fait de mal pour avoir autant de malchance en amour. Car c’est toujours la faute des autres, jamais la leur. Elles ont juste pas de Bol et se terrent un peu plus dans leur bulle protectrice et immature rien qu’à elles pour rêver à l’envi. Rien à voir avec le fait qu’elles reproduisent le même schéma, les mêmes échecs toujours en blâmant les autres (jamais les « bons ») car il n’y a pas de remise en question dans un conte de fée, tout est parfait tout de suite. Sauf que…on vainc ses peur en y faisant face, on aime pour de vrai quand on accepte de s’ouvrir à l’autre et qu’on essaye de le découvrir sans a priori, et surtout, on ne fuit pas la souffrance. Car savoir aimer, c’est savoir souffrir. Les deux sentiments ne vont pas l’un sans l’autre. Même les couples de 50 ans de relation ont souffert à un moment donné, et c’est d’avoir surmonté cette souffrance qui donne toute sa beauté à la relation. Les amours toujours, sans tristesse, sans quotidien chiant qui fâche, sans problèmes sont inutiles car complètement vaines. Ça serait une bulle vide bien éloignée de l’amour réel. Une vie sans souffle, un amour en mode bonheur zombie.

Le rêve (bleu, à paillettes ou caca d’oie), c’est bien joli pour se tenir chaud en hiver, nous permettre de croire en quelque chose de beau mais ça ne surpasse pas le monde réel. Car lui est vrai, concret et surtout facile à vivre pour peu qu’on le veuille et qu’on l’accueille à bras ouverts. Pour être heureux, il est essentiel de donner sa chance à la réalité, qui est là, tangible, plutôt que de courir après une illusion enchantée qu’on n’arrivera jamais atteindre malgré tous nos efforts (sauf tout seul et sous came).

Quelque part, si on y pense, oui garder son âme d’enfant est indispensable d’une certaine façon. Il suffit de regarder les enfants mélanger aisément rêve et réalité, essayant de mimer les adultes que nous sommes devenus mais sans préjugés, sans traumatismes bloquants, sans peurs, sans a priori vis à vis de la personne avec qui ils jouent. Ils ne se prennent pas la tête, ils vivent pleinement eux…

« Dis ? On dirait qu’on est des enfants et qu’on serait heureux ? »

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