C’est la guerre Micheline !

19 décembre 2011

guerre.jpgJe suis une chômeuse populaire, je passe des entretiens. Je ne me bats pas avec les demandes, mais j’en ai au moins un tous les 15 jours (quoique là, ça fait deux EN 15 jours). Mais comme je vous le disais, plus le temps passe, plus je me déprécie (comme une vieille monnaie pourrie qui rapporte rien) et plus les entretiens baissent en qualité (dans un mois, je postule comme caissière chez Mac Do).

 

J’ai donc eu un entretien. Bizarrement, je n’étais pas spécialement excitée, que ce soit par la boite ou par la voix de mon interlocuteur (mais bon, je suis une chômeuse d’occase, je ne peux plus chipoter).

 

J’y vais…ça commence bien, c’est loin et je me perds dans un bled pourri (en fait, une ville de plusieurs dizaines de milliers d’habitants avec le métro…mais je n’irais pas y vivre pour autant).

 

Je finis par trouver et, avant d’avoir mon entretien, on me donne un questionnaire de 7 pages à remplir…7 pages !! Ok, c’est leurs process, mais quand même, c’est un peu extrême.

 

Mais ce n’est pas ce qui m’a vraiment gênée, plutôt les questions posées. En effet, après les basiques nom/prénom/diplômes/expériences/langues/logiciels, les questions ont pris un tour qu’aurait beaucoup apprécié la CNIL. Nom et prénom du père, de la mère, lieu de naissance des parents, avez-vous des frères et soeurs, si oui nom, prénom et âge (vous le saurez, désormais la famille est un critère de recrutement), comment nous avez connu (ça, ok), avez-vous été recommandé par quelqu’un ?, qui ?, avez-vous des amis d’enfance (ça t’intéresse vraiment le numéro de ma copine de maternelle ?) qui pourraient vous recommander ?, si oui nom, prénom, adresse et téléphone, quelle est votre relation à cette personne ?, pouvez-vous être recommandée professionnellement, si oui par qui , avez-vous un conjoint ? Nom, prénom, profession (et position préférée dans le lit ?), quelle est votre plus belle réussite personnelle (euh…j’ai vaincu la poche ?), avez-vous des réserve quant à ce poste (tu m’as même pas encore précisé le poste !!)

 

Bref, je vais être honnête, rien que le début, ça m’a gonflée. C’est normal de poser des questions pour bien cerner le candidat mais aller aussi loin dans le perso (surtout la partie sur le conjoint et la famille), ça m’a beaucoup dérangée. Pourtant, j’ai déjà eu des entretien où l’on me demandait mon casier judiciaire…ben ça me mettait moins mal à l’aise !

 

Enfin, j’ai eu le monsieur en vrai. Pas méchant, pas rigolo non plus, un peu vieillot (il a beaucoup radoté) et strict. Mais bon, on ne choisit pas son recruteur et je ne juge jamais personne au premier abord.

 

Seulement là, c’était de l’entretien qui secouait pire que mon dernier entretien martial !

 

Après la description du poste et de la boite (ce fut long, traînant et peu clair) j’ai eu le droit à une question par compétence ! Et qu’on se le dise, j’ai beaucoup de compétences. « Donc ça, vous l’écrivez, mais vous savez le faire ? Vous mettez Photoshop mais si je vous demande ça, vous pourrez le faire ? Vous mettez mise en page et actualisation d’Internet/Extranet et Intranet…mais vous l’avez fait » (mais non banane, j’ai mis des trucs au pif pour faire joli)… Une heure, après, j’étais lessivée.

 

Après la validation des acquis, j’ai eu le droit à ce qu’il a appelé la « bousculade ». Bref, on te met sous pression en t’agressant pour voir si tu tiens le coup ! Sympa !

 

Cela a commencé par des précisions sur le poste (que j’avais eu le temps d’intégrer depuis le temps que je me gelais les miches dans leur immense salle de réunion) « oui mais nous, on veut une personne qui maîtrise le marketing opérationnel, pas vraiment la communication…or, vous êtes surtout spécialisée dans la communication, pourquoi on vous prendrait ? » (au hasard, pour passer tes nerfs tous les jours ? Je fais un super punching ball !)

 

Penser que répondre « j’aime les défis », « je veux acquérir de nouvelles compétences surtout en marketing » ou « j’apprends très vite et sur le tas » est une grosse erreur. Car l’on s’entend répondre « On a pas le temps de jouer aux profs, on veut quelqu’un d’opérationnel tout de suite, on a pas de temps à perdre » (sur le principe moi, je suis d’accord…mais dans ce cas pourquoi appeler et recevoir une nana qui n’est pas spécialisée en marketing et qui s’occupe surtout de la com ? Hein  pourquoi ? C’est clair pourtant dans mon CV !! Même qu’on a revu TOUTES mes compétences ligne par ligne ! Y aurait eu marketing opérationnel, on aurait parlé marketing opérationnel !!)

 

Ca c’était le point un ! Le point deux étant la publicité mensongère ! Moi, autrement dit. Je suis une fraude vivante. « Vous avez un super CV bien rempli, pourtant quand on y regarde de plus près, ça va faire 5 ans que vous cumulez les CDD, vous n’inspirez pas confiance ! Pourquoi vous ne restez pas ? » Là, ça peut sembler judicieux sur le moment de parler de crise, de pas’bol, de congé mat (que même la mère elle veut reprendre sa place après) de gel des recrutements, du peu d’offres de CDI de trop de communicants à ta place…FAUX ! Dire la vérité te fait passer pour une pauvre fille (c’est un peu ce qu’on t’explique), seulement il faut bien dire quelque chose et toi, comme une gourde, tu ne connais que ce que tu as réellement vécu ! « Mais en fait, c’est que vous ne savez pas choisir les entreprises où vous travaillez » (ben oui tiens, c’est ça ! Je croule tellement sous les demandes que je panique et prends l’offre qui me semble la plus nulle et la moins prometteuse exprès !)

 

Mais la vérité est ailleurs pour expliquer mon errance professionnelle ! « En fait, vous vous survendez avec ce CV (un rappel, mon CV vend précisément mon parcours avec ses trous et ces CDD miteux…apparemment ça vend du rêve au recruteur), parce que vous ne devez pas être si bien que ça ! Une très bonne chargée de comm quand on en a une, une fait tout pour la garder, CDD ou pas ! » (ressortir le coup du congé mat, de la boite qui ferme ou du gel des recrutements externes ne marche pas, quand on est nulle, on est nulle et puis c’est tout !)

 

Après vient le coup des qualités et des défauts…forcément tu les listes comme tu peux…« mais vous commencez par les défauts ! Pourquoi  Qu’est-ce que ça indique de vous ? Vous n’avez pas de qualités à vendre ? » (je préférais finir sur une note positive qui effacerait la négative mais bon c’est loupé…).

 

Ensuite, la minute philo ! Oui, c’est indispensable en entretien de philosopher sur l’impact sociétal de Twitter avec un mec qui est contre Twitter et qui bosse dans une entreprise qui n’a pas Twitter…la bonne nouvelle, c’est que mon article d’hier m’a bien servie (je suis une visionnaire).

 

Sans compter qu’il est parti 15mn pour passer un coup de fil au milieu de l’entretien.

 

Oserais-je vous dire qu’apparemment j’avais déjà postulé il y a 3 ans ? Je ne m’en souvenais plus (on me l’a reproché, même si je n’avais jamais été recontactée et que je fais des dizaines d’annonces par jour depuis des années). Lui…il s’en souvenait ! En tout cas son ordi ! Il m’a recherchée dans ses tuyaux, a ressorti mon CV et l’a comparé avec l’actuel pour vérifier les changements et voir si je n’avais menti nulle part !

 

Après deux heures d’interrogatoire, on m’a libérée sur parole ! Avec la promesse qu’on m’appelerait cette semaine pour que je fasse un test que je suis « censée réussir vu que j’ai participé à l’entretien ». J’ai hâte !!

 

Après Bienvenus chez les Ch’tis, Entretien à la Gestapo sur vos écrans à la rentrée 2012 !

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