Conte de fées pour grandes personnes

2 mars 2016

Peter PanJe l’ai déjà dit, Lecteur (dis, tu te souviens de moi ? Je sais, ça fait un bail), je ne suis pas très fan des contes de fées. Déjà parce que c’est très culcul la praline, de l’autre parce que ça a créé des dérives chez certains adultes. Et s’il y en a un qui a été particulièrement nocif, c’est Peter Pan !

Déjà, il faudrait m’expliquer en quoi c’est un conte de fées. Ok, il y a une fée un peu coconne et des gamins qui volent dans un pays imaginaire…super ! Est-ce suffisant pour en faire la référence ultime chez de nombreux trentenaires ? Je ne crois pas.

Tu trouves que je m’emporte Lecteur ? Avant de me répondre, dites-moi combien de fois vous avez entendu chez un mâle normalement constitué « Non mais moi, je me vois comme Peter Pan » ? Pourquoi un tel engouement ? Creusons un peu (la tombe des prochains qui diront une telle ineptie)

Il raconte quoi ce conte ? Peter Pan, un gamin passablement psychotique et orphelin (on ne sait s’il a tué ses parents ou si ceux-ci l’ont envoyé très très loin par peur) vit sur une île (le Pays Imaginaire) en compagnie d’autres gamins (dont certains ont été probablement kidnappés), eux-mêmes sans parents, et d’une fée, Clochette, et tout ce beau monde s’amuse, rigole, vole, picole (eh ouais, elle est belle la jeunesse du Pays Imaginaire !) ad vitam. Bref, tu prends Sa Majesté des Mouches, tu rajoutes une fée un peu chiante et c’est la même histoire. Ajoutons à cette vie idyllique quelques règles (il est interdit d’interdire, fuck the system, les adultes c’est que des méchants pas drôles… Oui, on est très punks sur l’île mais sans chiens, enfin bon, y a une fée c’est pareil). La règle essentielle (vitale même) est qu’il ne faut pas grandir. Jamais. Mais pour les téméraires qui décident un jour que l’enfance a assez duré et qu’il est temps de jouer à touche-pipi avec quelque chose de plus grand et mieux formé qu’une fée pailletée microscopique, Peter Pan a une solution, mettons, radicale. Adieu franche camaraderie, souvenirs fraternels émouvants, ciao bye bye, tu crèves. Eh oui, il est comme ça Peter, tu veux plus jouer avec lui, il te bute (littéralement ; il ne se contente pas de t’effacer de Facebook). D’ailleurs, Lecteur, c’est également ce que je préconise pour tous les participants de Secret Story. Hum.

Continuons. Un enfant coincé sur une île sans Internet, c’est triste. Mais qui plus est un orphelin, c’est carrément cruel. C’est pour ça que Peter Pan décide d’aller chercher Wendy, jeune anglaise très dévouée à ses frères, qu’il avait déjà repérée, pour jouer à la maman (ce mec a tout compris, ça vend du rêve). Wendy, tout en prenant soin de la tribu et de Peter qui adore être au centre de l’attention, essaie d’amener un peu de bon sens à ce merveilleux petit pervers narcissique tout en développant un sérieux syndrome de Stockholm. Les jours se passent donc entre Wendy qui joue avec Peter, fait la popote, reprise les chaussettes, éduque les gamins et leur raconte des histoires pour s’endormir (le Pays Imaginaire est également resté bloqué dans les années 50). Las, si l’histoire était aussi simple. Arrivent les pirates, ennemis de Peter Pan, avec à sa tête le Capitaine Crochet, lequel a déjà perdu sa main à cause de Peter (charmant bambin). Si le pourquoi du comment de leur haine centenaire n’est pas claire (apparemment, les pirates veulent l’île), ce qui est certain c’est que Peter leur reproche surtout d’incarner ce qu’il déteste le plus : les adultes. Eh oui, il est prêt à se battre à mort avec n’importe qui pour ne pas grandir (alors qu’il y a toujours moyen de négocier et d’épargner la vie de ses potes). Dans la foulée, la fée Clochette qui a facilement dépassé la cinquantaine vu le temps qu’elle vit ici, se révèle jalouse de Wendy car elle est amoureuse de Peter (c’est un peu les Feux de l’Amour version pédophile). Elle trahit Peter, essaye de faire mourir Wendy…bla bla bla…et tout finit bien, Peter Pan lui pardonne, sauve Wendy et jette le Capitaine Crochet dans la gueule du crocodile qui le bouffe (comme c’est mignon).

Un happy end à la Disney ? Oui mais non. Car la vraie fin n’est pas celle qu’on croit et est véritablement édifiante ! A la fin, Peter se rend compte qu’il a le choix entre tomber amoureux de Wendy et grandir, ou rester un enfant. De son côté, Wendy rigole bien avec Peter et ses potes, mais elle a un peu envie de vivre sa vie à elle et de découvrir toute la joie de devenir femme (les ragnagnas, le harcèlement de rue, les seins qui tombent avec l’âge, rien que des trucs sympas). Peter, ne pouvant se résoudre à grandir (ou à voir un pédopsychiatre), renvoie Wendy chez elle avec ses frères comme une vieille chaussette inutile…tout en lui promettant qu’ils resteront en contact et qu’il viendra la voir souvent (si tu l’as déjà entendu après une rupture, tape dans tes mains). Peter est un garçon d’honneur…il revient quand Wendy a tourné la page depuis de nombreuses années, s’est mariée et a une fille (bizarrement, Peter est très vexé qu’elle ne l’ait pas attendu). Comme, après tout ce temps, Peter la trouve trop vieille pour lui, il se barre avec sa fille. Puis rebelote, il fera le coup à sa petite fille, etc. L’histoire ne dit pas si l’arrière petite fille de Wendy se décida pour la ligature des trompes afin de mettre fin à ce cycle infernal.

Alors, Lecteur, je ne sais pas si ce conte t’a parlé, mais je suis sûre, Lectrice, que toi tu me suis. Parce qu’on a toutes rencontré au moins une fois un type qui se prend pour Peter Pan (et te le dit en ces termes). Au début, on trouve ça mignon (« Oh, un mec qui a gardé son âme d’enfant, chouette ! »), puis avec le temps on déchante sec. Ce n’est pas pour rien si les psy mettent en garde contre le syndrome Peter Pan.

Je vous la fais courte : un mec très autocentré qui a probablement eu des problèmes avec sa mère ou une ex, refuse obstinément de grandir et de s’engager dans la vie adulte avec les responsabilités que ça comporte parce que c’est chiant et que jouer c’est plus marrant, n’a jamais réussi à construire une histoire stable et sérieuse de sa vie mais rêve d’avoir un gamin pour pouvoir jouer à la console avec, se met avec une nana pour un temps défini à condition qu’elle rentre à 100% dans son univers (car c’est à elle de s’adapter) sans trop faire chier (il faut qu’elle reste fun), l’aime pour ce qu’elle lui donne sans trop se soucier de ce qu’elle est, et finit par la jeter salement quand un jour il réalise qu’elle ne sera jamais aussi cool que son meilleur pote parce qu’elle manifeste le désir de rester une personne à part entière, et au final termine toute sa vie seul et triste avec sa Playstation. Accessoirement, la personne atteinte du syndrome Peter Pan a également quelques soucis d’ordre sexuel (à commencer par être bon au lit). Je sais, je résume bien les syndromes psychiatriques.

Tout ça pour dire, que grandir n’est pas une tare et que lorsqu’on rencontre une personne, homme ou femme (essentiellement des hommes quand même, on ne va pas se mentir) qui se prend pour Peter Pan, il faut fuir. Loin. Je vous rappelle à tout hasard que le dernier à l’avoir fait publiquement c’était Mickael Jackson ! Tout de suite ça calme !

On dit souvent que les contes de fées ont pourri la vision que les filles ont de l’amour et du Prince Charmant. Malheureusement, les ravages sont pires que ça et touchent tout le monde à différents degrés. Que ça soit la recherche de la Princesse Charmante chez ces messieurs, Peter Pan pour les cas graves, Peau d’Âne chez les zoophiles… nul n’est épargné. Alors qu’en fait, la vie c’est pas un conte de fées (ni une boite de chocolats). C’est souvent nase mais, au moins, on peut la gérer à sa guise en toute liberté.

Et pour ceux qui s’imaginent encore que VMG est une diatribe anti-hommes (alors que non, j’aime bien les pénis), soyez assurés que les princesses vont prendre cher (enfin, quand je rebloguerai, je ne suis pas une machine).

Mais bon, moi aussi je lis des contes de fées, faut pas croire. Même avec des clowns dedans. CA que ça s’appelle…

…Y a des ballons et on flotte tous en bas ! C’trop cool !

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