Dé…progression

29 mars 2011

3777808203_984a3227ff.jpgJ’ai été très bien élevée. Je veux dire avec des principes et tout. A la maison, on ne badinait pas avec le respect et la politesse. Attention, je ne me plains pas. Je suis même reconnaissante pour mon éducation un peu « stricte ».


Je me souviens que la moindre grossièreté était vivement réprimandée. J’en veux pour exemple un épisode particulièrement savoureux : moi enfant affirmant à Maman Pasd’Bol au retour de la boulangerie que L’affaire du Petit Grégory était franchement chiante. Ma joue s’en rappelle encore… Le truc marrant, c’est que je n’ai pas été punie pour cette affirmation gratuite (et pas fausse, y en avait marre au bout d’un moment) mais pour le langage utilisé. Chez les Pasd’Bol on était tenu à un effort minimal dans l’expression individuelle !

 

Ce billet, je vous rassure de suite, n’a pas pour objet mon enfance ou de lancer un débat sur l’éducation sévère (pour ou contre ?). En fait, je vais vous parler d’évolution. De MON évolution (c’est mon côté Pokémon !).

 

Outre cette éducation respectable, j’étais une grande lectrice. Les livres ont toujours été toute ma vie et la bibliothèque était the place to be. Ayant appris à lire plus tôt que mes petits camarades, je vous laisse deviner l’étendue de mon vocabulaire, une fois arrivée au collège. Sauf que ! Autant j’aurais trouvé ma place dans une petite école bourgeoise de province, dans ma ZEP, je faisais carrément tâche. J’étais strictement incapable de parler comme tout le monde ! Forcément, la grossièreté, c’est pas bien. Du coup, j’étais la fille bizarre qui tenait des propos pas nets. Daria, c’était moi (oui j’avais le look aussi). Ce qui aurait pu passer si j’avais été timide et discrète, mais j’étais plus du genre à l’ouvrir sans arrêt et à user de sarcasmes (ce qui me rendait encore plus bizarre, personne ne comprenant le sarcasme…même le mot était inconnu). Tout ceci renforce le caractère, mais isole un peu trop.

 

Arrivée au lycée, rebelote, je suis la tordue de service. Là, j’ai décidé de m’intégrer un peu plus en étoffant mon vocabulaire. J’étais toujours bizarre mais, au moins, on comprenait un peu plus ce que je disais. Enfin presque…il y avait quand même une juste mesure à trouver. Je vous avoue que le rendu « un mot sophistiqué + une grossièreté + un mot courant + un mot sophistiqué » était assez bizarre. Bref, c’était toujours pas ça.

 

Nouvelle vie, la fac ! Un endroit où je ne connaissais personne. Là, j’ai pu me lâcher et intégrer tous les codes des personnes de mon âge. Bon, mon vocabulaire était limité à quelques mots qui tournaient en boucle (très lassant pour mon entourage, moi j’étais fière comme Artaban), mais on s’approchait petit à petit. En plus, j’arrivait à avoir des amis, une vie sociale, une normalité quoi ! Ok, mon humour en dépassait encore certains, mais nul n’est parfait, ça faisait déjà bien illusion.

 

Le truc ? C’est que depuis, j’ai tellement bien intégré le langage courant, que je ne puis m’en passer et jure comme un charretier. J’ai oublié à quoi ressemblait une discussion sans un mot grossier. Je ne suis même plus sûre de faire une phrase de style châtié. Au moins, tout le monde me comprend !  Tout de même, j’ai parfois la trouille d’être trop à l’aise en entretien d’embauche (déjà que je trouve pas de boulot, si je sors put***, bor***, m*** fait ch*** toutes les deux phrases, ça risque d’enterrer définitivement mes chances).

 

C’est tellement ancré en moi, que je parle même comme ça devant Maman Pasd’Bol. Je suis incapable de me déprogrammer.

 

Quel sera mon avenir ? J’ai déjà prévu de finir en vieille dame indigne, mais à ce rythme c’est le syndrome Gilles de la Tourette qui m’attend !

 

daria.jpg

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