En quelle année sommes-nous ? #‎EtLaParitéAlors‬

1 juillet 2015

et-la-paritc3a9-alors-blogsC’est vrai, depuis que j’ai repris le boulot en bonne célibataire indépendante que je suis, j’ai un peu les idées en vrac. Du coup, quand je regarde un bon programme débilitant histoire de ne plus avoir à penser (mais je garde de l’espace dans ma tête pour acheter de la Despé, merci TF1), j’en arrive à ne plus savoir quelle année nous sommes.

Pour ceux qui aurait raté l’événement, aujourd’hui a lieu un mouvement inter-blogueurs sur la parité. Ce qui explique ma reprise de plume soudaine (il faut bien vous rappeler que j’existe encore à l’occasion). Heureusement, grâce à ma grande passion pour la TV débile, j’ai eu l’inspiration.

Vendredi signait le grand retour de Qui veut Épouser Mon Fils (et mon retour sur Twitter au passage). A vue de nez on pourrait se dire « C’est super ce progrès des mentalités, les hommes sont rabaissés au rang de potiches soumis à Môman, les femmes ne sont plus les seules idiotes de la télé-réalité, on est tous ex-aequo dans les bas-fonds de la crétinerie humaine » (notez bien que j’ai quand même regardé, j’assume). Oui…mais non ! Car au final, ce programme ultra scénarisé (il faudrait être très naïf pour prendre au sérieux la spontanéité des dialogues et des candidats) m’a laissé comme un goût amer en bouche. Quand on scénarise (et qu’on vend) un programme, c’est qu’il y a un public (dont moi), un public qui s’identifiera ou pas, se moquera (par pur voyeurisme) ou pas…mais un public à qui on donne ce qu’il veut. La TV crée pour vendre et faire des sous. Donc on donne aux « acheteurs » ce qu’ils attendent. Et au delà de l’aspect divertissant décérébrant, il y a forcément quelques valeurs sociétales qui sont véhiculées…

Force est de constater que celles-ci n’ont pas évolué d’un pouce depuis le XIXème siècle, ont même régressé et, comble, les gens en redemandent. Je le remarque déjà au quotidien (je n’y prenais pas spécialement garde d’ailleurs tant j’en suis imbibée), mais il y a quelque chose de pourri au royaume de Francie.

Oui la télé-réalité représente des bimbos idiotes prêtes à tomber le string pour 2 secondes de notoriété et des musclés ignares pas toujours très rigolos qui ont remisé leur rêve de devenir Zidane. Non, nous ne ressemblons pas tous à ça c’est pour cela qu’il est si facile de se moquer. Mais c’est oublier le fond (car il y en a un). C’est une caricature certes, des jeunes notamment, mais de base la caricature repose toujours sur quelque chose.

Que met donc en avant Qui Veut Épouser Mon Fils qui m’a tellement dérangé ? On y voit des vingtenaires chercher l’amour (jusqu’ici rien de nouveau, au passage je cherche aussi si quelqu’un connaît quelqu’un hein…) mais avec un impératif : les hommes à leur place de mâles et les femmes à la cuisine ! Au final, est-ce si drôle d’entendre toutes ces personnes, mères, fils, cochonnes, laisser entendre que les femmes gouvernent leur mari en dirigeant la maison, en sachant prendre soin de leur homme au lit et aux fourneaux, élèvent les futurs enfants suivant les mêmes traditions éculées, doivent savoir faire sauter des crêpes d’une main et branler de l’autre pendant que monsieur met ses pantoufles en rentrant d’une dure journée de travail ? Ou écouter des filles de 25 ans prétendre que, bah oui c’est important de gagner sa vie et d’être indépendante, mais que l’essentiel de leur vie c’est quand même de rencontrer Mister Big pour prendre soin de soin de lui jusqu’à la maison de retraite.

La réponse est non, je n’ai pas ri. Parce que même écrit dans le but de ridiculiser ces gens, le fond correspond à une réalité bien présente, celui d’un retour du genre normé. Comme je le disais, je le vois tous les jours. Des filles plus jeunes que moi, au travail ou ailleurs, qui estiment qu’un petit garçon devrait jouer à la guerre et ne pas toucher à une Barbie, qu’une vraie maman est celle qui s’occupe de ses enfants et du ménage pour le bien-être de sa famille, qu’une femme n’est complète que lorsqu’elle a un mari. Et des garçons plus jeunes également qui pensent qu’une nana est une mère de substitution née pour combler tous ses désirs. Il suffit d’ailleurs de voir les réactions lors des buzz sur le harcèlement féminin dans le métro, les blagues potaches de Rémi Gaillard ou les autres articles du même genre. Les femmes (et les hommes) qui réagissent sont taxées de féministes frigides sans humour, noyées dans la foule des commentaires de vingtenaires qui ne voient pas où est le mal. Si c’est drôle (et décérébrant) ce n’est pas grave, ça ne veut rien dire. Mais si on prenait le même genre d’émission avec une connotation raciale et des clichés à la Michel Leeb, est-ce que ça serait toujours aussi drôle ? Ben peut-être et c’est bien là le drame.

Parce que nous sommes dans une ère humoristique, les black, les handicapés, les blondes, on rit désormais de tout (moi la première) ce qui est paradoxal car on n’a jamais vu un tel durcissement dans les valeurs, dans le communautarisme de tout poil, dans le refuge familial. Il y a même eu quelques articles passés inaperçus qui expliquaient pourquoi cet humour était plus triste que drôle dans ce qu’il véhiculait de réel, de ce qu’il disait de nous et des dérives dans lesquelles nous nous engouffrions.

C’est vrai, dans les années 80 nous avions la playmette de 19h, un bel exemple de femme objet me direz-vous. Et pourtant non. Elle incarnait la femme qui choisissait de se mettre à poil si elle le voulait bien, qui disait fuck aux clichés, qui restait maîtresse d’elle-même et qu’on admirait quelque part. Désormais, la pouffe de télé-réalité incarne non seulement le cliché de la pétasse blonde mais celui de la femme plus largement. Pour le plus grand bonheur de tous qui y reconnaissent un peu quelque chose de juste.

Et la parité là dedans ? Tous égaux dans la connerie pour nos meilleurs tweets assassins, mais enfermés dans le même schéma Travail-Famille-Patrie. Il va de soi que mes propos sont eux aussi caricaturaux et généralisants à outrance. Mais c’est comme tout, il y a un fond vrai. Que l’idée d’une véritable égalité est encore à l’état de mythe (et ne fait rire personne) et qu’au final, l’évolution des genres n’est pas pour demain tant elle n’est pas vendeuse.

Promis, mon prochain article sera drôle…

…quand j’aurais le temps de l’écrire, j’ai  3 mois de ménage en retard !

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