G comme Galère ou Guinness Book !

2 mars 2013

guinness-book.jpgOn dira ce qu’on voudra, la vie est un éternel recommencement. C’est aussi une histoire de rond, du moins si je me fie à cette histoire de roue qui tourne dont tout le monde me parle. Et ce n’est pas faux, ma vie est un cercle. Il m’accompagne partout, sifflote gaiement à mes côtés et, tel Atchoum, Grincheux, Timide ou Simplet, il porte un petit nom mignon. Vicieux qu’il s’appelle (c’est-y pas choupinet ?)

Il y a peu, je vous racontais la nouvelle de l’année j’ai couché trouvé du boulot. Ok, je n’en ai pas fait une montagne vu qu’il s’agissait d’un job purement alimentaire (et je vous confirme que pour l’intellect on repassera) pas plus réjouissant que ça. Mais, quand même, j’étais plutôt contente.

Maintenant qu’on a cassé ma période d’essai, tu comprendras, Lecteur, que je le suis plutôt moins…

Qui, quand, comment, pourquoi…je sens toutes les questions que tu te poses le coeur tremblant, Lecteur, mais avant ça, je vais te faire une petite parenthèse (qui ne va que très moyennement t’intéresser, déjà que moi…et pourtant c’est mon taf !)

Attention, leçon du jour : les relations presse, qu’est-ce que c’est ?

Ben oui, pour vous un job alimentaire c’est peut-être caissière à Prisu, Dame Pipi ou ingénieure ès frites au Mc Do, pour moi, c’est attachée de presse. Ne vous laissez pas avoir par l’intitulé du poste, je vous vois déjà imaginer des strass, des paillettes et la coupette de champagne en plein Festival de Cannes, mais je vous assure de suite que la réalité est tout sauf glamour. L’attachée de presse d’agence, donc, a pour fonction de faire connaître une entreprise, un produit, auprès de la presse (écrite, audiovisuelle, digitale, le revendeur en bas de ta rue) et dispose de nombreux moyens à sa disposition (la paire de seins n’apparaissant qu’en dernier recours). En gros, elle développe une stratégie pertinente et efficace pour que l’on parle de son client dans les médias, mais aussi créer un lien avec les journalistes (copiner c’est drôlement utile). De plus, elle doit conseiller son client (qui n’est pas censé s’y connaître), l’accompagner et ne pas se contenter de publier un pauvre communiqué de presse en espérant que ça fonctionne. De toute façon, si vous voulez en savoir plus, je vous invite à lire Pauline Savary qui en parle drôlement mieux (sans doute parce qu’elle aime ça contrairement à moi).

Bon, vous l’aurez compris, j’étais donc redevenue attachée de presse d’agence par nécessité, sans réelle passion. Ok, même quand j’étais chargée de communication, j’avais des relations presse, mais ne faire que ça (et en agence), je le vivais comme une vraie régression professionnelle. C’est rarement palpitant, le job est répétitif quel que soit le client, tu es pressurisée de tous les côtés et possède rarement une vraie reconnaissance, mais surtout, je connais peu d’agence dont je puisse dire qu’elles sont tip top pumpélump. Mais enfin, quand faut bouffer…

Ce qui est amusant, c’est que j’ai été contactée via un réseau social pro pour ce boulot, alors que je ne demandais rien. En effet, cibler une agence dans un domaine d’expertise que j’exècre pour un job que je méprise n’était pas dans ma liste de la parfaite chômeuse masochiste . Je vais être honnête, je regardais même les annonces de femme de ménage ! Toutefois, je ne crache pas sur une opportunité, surtout au bord du désespoir bancaire. On m’a donc appelée, vendu l’agence, expliqué qu’il s’agissait d’une « création de poste » (plus ou moins, ce n’était pas hyper clair), qu’on comprenait que je n’aimais pas le secteur d’expertise mais que je pourrais avoir des budgets dans des domaines très variés, et qu’en plus des RP (petit nom des relations presse, n’allez pas confondre avec Région Parisienne), je ferais du développement commercial (trouver de nouveaux clients pour la boite). Evidemment, j’ai été claire dès le début, je n’étais pas fan du secteur initial, je n’avais jamais fait de développement commercial et je ne comptais pas rester attachée de presse toute ma vie puisque je trouvais ce métier très limité. Bizarrement, j’ai eu le boulot et ça ne semblait pas poser problème… Si on propose de me payer, je ne vais pas faire ma difficile (je serais géniale en prostituée, je loue déjà mon cerveau au plus offrant).

Avant de signer, je me renseigne un peu… Non seulement je découvre que la boite a une réputation affreuse mais en plus que ma « création de poste » nécessite le licenciement en catastrophe de quelqu’un d’autre (qui ne devait plus plaire), ce qui explique que ma prise de poste est sans cesse reportée. Sympa non ? Mais pas le choix, j’ai plus d’assedics (évidemment, c’est après avoir accepté que j’ai appris tout ça, je galère assez pour ne pas mettre exprès quelqu’un au chômage).

C’est sans enthousiasme et avec beaucoup d’appréhension que je commence. Tyrannex Incompetus, mon chef de lui-même et de la boite, me caresse dans le sens du poil, je suis attendue comme le messie (et vu tout ce que je sais, je crains le pire pour la suite). Dès le premier jour, il me saute dessus pour me claquer la bise comme un vieux pote. Why not, je me dis. Ambiance du lendemain ? J’arrive en réunion à l’extérieur, je le vois, je fais la bise (vu que ça semble le genre de la maison, moi je m’adapte). Réponse « Je veux bien te faire la bise aujourd’hui mais ne t’habitue pas, ça ne sera pas comme ça tous les jours ! ». Mon verdict immédiat ? « Chouette, encore un dingue ! ».

Lecteur, je ne vais pas faire durer le supplice et de détailler 2 ou 3 semaines de travail (c’était déjà bien assez pénible à vivre, alors à lire…), mais te donner quelques détails pour te montrer à quel point c’était rigolo.

  • Premier jour de boulot, on m’oblige à rester au bureau jusqu’à ce que je signe mon contrat sous les yeux de Tyrannex (ma première heure supplémentaire…émotion)
  • D’ailleurs, ce contrat est hilarant. Non seulement j’ai des objectifs chiffrés de résultats en RP (je n’ai jamais vu ça en 10 ans de métier), mais en plus Tyrannex m’a gentiment expliqué qu’il avait regretté les contrats de mes collègues, notamment mon papy préféré, le vieux Raymond, dans la boite depuis 18 ans ; du coup, il a mis dans le mien tout ce qu’il avait oublié dans ceux des autres ! Notamment la mention concernant mes résultats qui peuvent désormais faire l’objet de plusieurs avenants chaque année sur simple envie de Tyrannex. Pourquoi des objectifs chiffrés ? Tyrannex m’a dit que c’était pour nous mettre une « gentille pression » (oxymore, Tyrannex est donc un fin lettré qui s’ignore mais s’y croit).
  • Une personne qui devait avoir sa reconduction (promesse de Tyrannex) a découvert qu’elle pouvait courir pratiquement à la veille de son départ (et encore, elle a posé la question).
  • La femme de Tyrannex, Cindy, a deux boulots, dont un payé par la boite…venir pour discuter au téléphone avec ses copines et surveiller notre travail.
  • Mercredi, c’est jour des enfants, et comme Tyrannex en a 2, tu réalises qu’attachée de presse rime aussi avec baby sitter.
  • Le mot d’ordre c’est « relances ». Tyrannex n’a jamais fait de RP avant de monter sa boite et pense donc que la seule façon d’en faire, c’est de « harceler » les journalistes au téléphone pour les forcer à faire des articles, que notre rôle est de « faire de la manipulation mentale ». Un concept qui aurait presque pu marcher à la fin des années 80, avant que le métier n’évolue pour de bon vers plus de sérieux et professionnalisme ! Je suis sûre que mes amies attachées de presse qui ont lu ça ont également explosé de rire.
  • Aaaaah, le harcèlement en agence, j’avais oublié. Là ça m’est revenu ! Les menaces, la colère, le mépris, l’humiliation, le dénigrement…du bonheur.
  • Du coup, il va de soi qu’on ne bosse jamais assez. Tyrannex, lui est débordé. Grasse mat du vendredi (arriver à 11h c’est le pied), le shopping du mercredi, la pause coiffeur, les RDV d’une heure au café du coin avec Cindy ou des potes, les départs à 17h (toute cette activité, ça fatigue)… Heureusement qu’il existe un tas de moyens de te fliquer pour vérifier que toi tu bosses (ce que tu ne feras jamais bien).
  • Corriger Tyrannex sur n’importe quoi est une très grave erreur. Dieu est omniscient, Tyrannex est génial !
  • Trop sympathiser avec ses collègues c’est mal vu. Du coup, Tyrannex aime s’installer à côté de toi pour vérifier que personne ne parle.
  • Ce n’est pas qu’il n’y a aucun process, aucun logiciel, aucune méthode de travail (moderne j’entends), aucune base de données, aucun fichier presse qualifié (à quoi bon ?), aucune stratégie (envoyer une invitation pour un événement qui a lieu le lendemain en espérant faire venir des journalistes est une idée forcément géniale), aucun journaliste qui accepte de te répondre au téléphone (c’est ton boulot de les forcer à te répondre vu que tu fais de « la manipulation mentale »)…le problème vient de toi. Si tu n’as pas des résultats de folie, tu es obligatoirement une mauvaise attachée de presse.
  • Pourquoi aller sur un événement presse auprès de ton client quand il peut rester tout seul et que tu peux faire des relances pour un événement déjà en cours ? Ben oui quoi, prévoir c’est mal, agir pendant c’est plus marrant.
  • Tu avais oublié que tu pouvais te trémousser comme une dinde en faisant « hi hi hi » pendant que tu parles au client. Heureusement, Tyrannex a une idée bien précise de ce que doit être une attachée de presse et te montre l’exemple.
  • C’est sympa de faire 4h supplémentaires la première semaine, surtout quand Tyrannex te le fait remarquer en précisant « on s’arrangera ». Maintenant que j’ai ma fiche de paye, je réalise que ça devait signifier « tu te brosseras ».
  • A la question de Tyrannex « Comment parles-tu de mon agence à tes copines quand tu les vois ? », « Euh, moi je ne parle pas boulot avec mes copines, je parle de ma vie et le travail c’est pas ma vie » n’est pas une réponse acceptable ou acceptée.

Cet article s’éternise, j’en suis désolée, Lecteur, d’autant que j’ai un tas de trucs à dire et que j’en oublie la moitié. De grands moments de rigolade devant tant de mensonges, bêtise, incompétence crasse, mauvaise foi et absurdités. Pour autant, tout du long, je souriais. Je faisais oui oui (bossant en sous-main à ma façon, il ne faut pas déconner), j’étais très sympa et j’obtenais des résultats. 4 interviews en une semaine de travail, j’estime que ce n’est pas trop mal.

Malgré Tyrannex, Cindy et l’inexpertise de l’agence, j’avais quand même mes bons moments. Vrai coup de coeur pour mes collègues (au bord de la crise de nerfs) : Papy Raymond, obligé de sortir les poubelles et nettoyer les bureaux (comme personne n’est payé pour le faire, c’est lui qui s’y colle). Petit vieux chez qui tout fout le camp, le dos, les dents, tout ridé des yeux (je mise plus sur une vie de débauche que sur la sagesse), mais le roi de la chanson paysanne du 19ème siècle (on se culture tout le temps à l’agence). Antoinette, la discrète BCBG mariée à un opticien fournisseur officiel de produit à lentilles, qui est un peu la maman du groupe. Wonder Woman qui a inventé le métier d’attachée de presse volante/showrunneuse mais aussi Petite Fleur, Célimène et Spiderman qui sont déjà passés par dessus bord. Est-ce suffisant pour s’éclater au taf, non, mais ça compense bien des choses au moment de la pause déjeuner. Je crois que je ne me levais le matin que pour les voir (aussi parce qu’on me payait, soyons réalistes).

Depuis hier, je sais que je pars définitivement. Ce qui est amusant c’est qu’on me l’a annoncé 5 mn après m’avoir présentée aux clients, vanté mon travail et distribué mes cartes professionnelles. C’est un concept original j’imagine… L’autre moment qui m’a beaucoup intriguée, c’est au moment du fameux « notre collaboration prend fin », pour ensuite entendre que tout ceci est un échange à deux, une décision qui se prend ensemble et que je dois sans doute être d’accord vu que je ne me bats visiblement pas pour mon job. Alors, soit j’avais un choix que j’ignorais (et là, c’est ballot de me le préciser APRES m’avoir virée), soit on m’a prise pour une conne (je vote 2). Viennent ensuite les trémolos, l’expression des regrets, la tristesse que ça n’ait pas marché, le traumatisme (véridique) de savoir que je retourne au chômage… J’avoue que je suis souvent nulle pour savoir ce qu’on attend de moi comme réaction et, en général, j’ai tendance à faire le contraire de ce qui est espéré (c’est presque un principe). Je pense que continuer de sourire et expliquer que je n’en avais rien à faire de ce job a dû fortement contrarier Tyrannex dont le visage se décomposait à mesure que je parlais et rigolais. D’un autre côté, je trouvais que cette boîte était une blague, autant rire jusqu’au bout, non ?

Les raisons de mon départ sont encore nébuleuses (et pas que pour moi), d’autant que cela se passe en dépit du bon sens. Pas assez de résultats, pas faite pour être attachée de presse (ben non, au bout de 10 ans de RP, je ne sais pas faire), incapable de gérer la pression (celle-là m’a beaucoup fait rire), ne possède pas l’esprit de la boite (d’ailleurs Raymond s’essaye au spiritisme pour essayer de le trouver, il me tient au courant des fois que ça marche), sera forcément inefficace sur le volet commercial (que je n’ai pas commencé), pas douée pour réagir dans l’urgence…sans oublier que tout ce qui avait été clair avant l’embauche était soudainement devenu rédhibitoire au bout de 10 jours.

Ce que Tyrannex n’a pas dit, c’est qu’il y a trois jours, déjà, qu’il a embauché de nouvelles employées dont une de mon profil (dommage que tout se sache surtout quand on se plante de destinataire de mail). Que Palmito, récente comme moi, garde son poste alors que ses résultats sont moins bons que les miens. Qu’apparemment, je m’entends trop bien avec tout le monde (être sympa, c’est devenu le mal en entreprise) et que Tyrannex en est contrarié.

En tout cas, je suis nulle, mais cela n’empêche pas Tyrannex de m’envoyer ce week-end en heures supplémentaires gérer un événement avec le client (qui ne me reverra plus passé lundi mais ça il l’ignore encore) tandis qu’il part se faire un petit voyage en famille. Licencier pour moins bosser, cherchez l’erreur (vivement une campagne présidentielle avec ce slogan). Outre cela, Il a également exigé que j’explose mes résultats histoire de présenter un bon bilan au client (et la marmotte elle met le chocolat dans l’alu ?) et que je passe ma journée de lundi à relancer pour avoir un tas d’articles (la naïveté devrait avoir des limites quand même).

Alors oui, je commence très fort l’année. Non seulement j’ai eu un job dans la Quatrième Dimension, mais j’ai déjà perdu mon premier CDI de l’année. Ok, je veux bien prendre ma part de responsabilités pour celui-là, il est vrai que je ne devais pas être à 100% (et de moins en moins). D’un autre côté, on ne m’a pas laissé le temps de vraiment bosser (mais seulement de prendre mon téléphone sur des budgets dont j’ignorais tout et dont le travail n’avait pas été préparé en amont). L’année dernière, mon score étant de 3, la question est de savoir à combien je peux monter cette année : 5, 8, 15 ? Faites vos jeux, les paris sont ouverts !

J’en appelle au Comité Olympique de la Lose pour créer une nouvelle discipline : le Year Steeple Job, ou comment sur un an, perdre le maximum de boulots, le plus vite possible, en se mangeant les obstacles en pleine poire.

La victoire est proche, DarkGally médaille d’or !

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