Les vieux

16 mai 2011

les_vieux2-8ddf9.jpg

Aujourd’hui, j’ai amené Fantine chez le vétérinaire. Puis je suis rentrée. Comme j’avais besoin de réconfort, je suis passée au Franprix pour m’acheter un paquet de gâteaux et de la citronnade (j’adore le citron).

 

Arrivée à la caisse, je fais la queue. Devant moi, une vieille dame (dans les 75-80 ans) pose ses achats. Une boite de haricots verts, un paquet de nouilles chinoises à la crevette, un plat de hachis parmentier pour une personne…puis, profitant de l’attente, elle est repartie chercher une bouteille de Côtes du Rhône bon marché, petit plaisir simple, petit réconfort ?

 

Allez savoir pourquoi mais cela m’a bouleversée. Sans doute la fatigue, mais pas que… Toute la solitude de cette vieille dame ressortait de ses courses. Elle semblait petite, usée, fragile et désabusée…

 

Je me suis mise à imaginer sa vie. Qui sait, en d’autres temps peut-être avait-elle été une Pad’Bol en quête de gloire, avec des rêves plein la tête, qui a vu partir ceux qu’elle aimait, pour finir seule, meurtrie, vaincue.

 

Tant de tristesse dans ses yeux, dans son panier à course si simple, trop ?

 

Forcément, comme tous les chemins mènent à Rome, la détresse, fut-elle des autres, me ramène à moi. Et cela m’a rappelé le rêve récurrent de mon enfance. D’aussi loin que je me souvienne (et mes souvenirs remontent à très loin) je faisais souvent un rêve terrifiant. Toujours le même, au détail près.

 

Je me voyais vieille, seule, enfermée dans un cercueil tout simple, puis mise en terre par une froide matinée d’hiver, de la bruine glaciale tombant dans un cimetière gris, sans fleurs, et pratiquement personne autour de ma tombe. Trois ou quatre personnes, à peine, me connaissant peu, sans émotion, formalisant un devoir obligatoire.Je revois mon visage de vieille endormie, paisible mais plein de tristesse, usé par la vie et les galères.

 

Je me suis souvent réveillée la nuit à la suite de ce cauchemar. Je dois même vous avouer que j’avais souvent peur de m’endormir de crainte qu’il vienne hanter ma nuit. Comme tous les enfants, on pourrait penser que j’avais peur de la mort. Pourtant, ce qui m’effrayait vraiment dans ce rêve, c’était toute la solitude qui entourait la fin de ma vie.

 

J’ai aussi réalisé combien les personnes très âgées et isolées étaient laissés pour compte dans notre société tellement en quête de performance et individualiste. Quelle place pour eux ? Quelle compassion ou soutien peuvent-ils attendre ?

 

Sur le moment, j’ai eu envie de prendre cette vieille femme dans mes bras au moment où elle se plaignait à la vendeuse de l’augmentation du prix des nouilles, cherchant son argent dans son petit porte-monnaie, comptant et recomptant car la vie n’est pas facile quand on est seul et vieux… J’avais envie de lui dire que la vie peut-être belle encore, que le combat n’est pas perdu tant qu’on a pas quitté le ring, que le bonheur l’attendait encore au détour d’un chemin, qu’il fallait croire encore ! Continuer de rêver, car sans rêves on est vraiment mort. Puis elle est partie.


Et si ma vaine quête de gloire n’était pas finalement une quête d’amour, aussi virtuel fut-il ?

Rendez-vous sur Hellocoton !