Peut-on protéger ses enfants de la vie ?

6 janvier 2012

macaron--2-.jpgIncroyable mais vrai ! C’est le grand retour des Vendredis Intellos !!! Comme quoi, tout arrive, il ne faut jamais cesser d’y croire.

J’avoue, mon titre est racoleur…ça va peut-être me valoir un grand succès auprès des mamans flippées, allez savoir ! Et comme je fais feu de tout bois…

Néanmoins, c’est la réflexion qui m’est venue quand j’ai relu L’Ecume des jours de Vian, oeuvre magnifique s’il en est, servie par la plume très imagée de l’ami Boris.

Pour ceux qui ne connaissent pas (allez rectifier le tir de suite !), voici le pitch :

« Colin vit seul dans un étrange pays. Jusqu’au jour où il rencontre Chloé. Du cuisinier de génie qui pousse le feu sous les marmites pour gagner de la place, au ‘pianococktail’ mal accordé, à Chloé, victime d’un nénuphar, on suit Colin dans sa quête d’amour à l’intérieur d’un monde absurde et pourtant si familier. » (source Evene).

Bref, pour faire mon résumé à moi, c’est l’histoire d’un mec plein de thunes, qui profite de la vie avec ses potes bobo, tombe amoureux, se marie, et découvre que la vie en vrai c’est pas toujours marrant, voire c’est parfois franchement la loose.

Mais je ne suis pas là pour vous faire un résumé de texte.

Je vous vois venir…« Oh, Pasd’Bol, c’est une histoire avec des adultes là, qu’est-ce que ça vient faire dans les vendredis intellos ? T’as encore picolé ou tu essayes de nous arnaquer ? ». Rien de tout cela, les gens, j’arrive à mon fait.

C’est vrai, Colin, Chloé, Chick et Alise sont indépendants. Colin et Chloé sont rentiers, Chick bosse, Alise vit encore chez ses parents…Seulement voilà, s’ils étaient considérés comme jeunes adultes en 1947, ils tomberaient dans la catégorie « jeunes », « adulescents » ou post ado de nos jours.

En effet, il s’agit de personnages, à peine partis de chez leurs parents, avec la vie qui s’ouvre devant eux, qui découvrent le monde qui les entoure et doivent voler de leurs propres ailes. Et c’est là la finalité de l’éducation des enfants, non ? De les préparer à ce moment aussi enivrant (pour l’enfant) que flippant (pour le parent). D’autant plus flippant que les jeunes ont souvent une idée idéalisée du monde des grands comme le montre le passage de Vian sur le travail (nonobstant ses convictions profondes évidemment) :

« Non, dit Colin, ce n'est pas leur faute. C'est parce qu'on leur a dit : « le travail, c'est sacré, c'est bien, c'est beau, c'est ce qui compte avant tout, et seuls les travailleurs ont droit à tout. » Seulement, on s'arrange pour les faire travailler tout le temps et alors ils ne peuvent pas en profiter.
Mais alors, ils sont bêtes, dit Chloé.
Oui, ils sont bêtes, dit Colin. C'est pour ça, qu'ils sont d'accord avec ceux qui leur font croire que le travail c'est ce qu'il y a de mieux. Ça leur évite de réfléchir et de chercher à progresser et à ne plus travailler. »

Seulement voilà, la confrontation au monde réel s’avère catastrophique pour les jeunes du livre au moment où les premières difficultés arrivent. Les parents ? Invisibles, presque pas évoqués dans l’?uvre, comme si, une fois l’enfance passée, le jeune adulte devient vraiment seul, jeté dans la piscine sans bouée.

Colin découvre pour la première fois l’amour, le vrai, celui qui prend aux tripes et qui devient une raison de vivre.

« Ils marchaient, suivant le premier trottoir venu. Un petit nuage rose descendait de l'air et s'approchait d'eux. J'y vais, proposa-t-il. Vas-y, dit Colin. Et le nuage les enveloppa. A l'intérieur, il faisait chaud et ça sentait le sucre à la cannelle. »

Pour le sauver, il en vient à renier ses rêves, à s’abaisser à un job pourri, accepter les bassesses de la vie et au final tout perdre (je sais, c’est pas un livre rigolo).

« Quel genre de travail cherches-tu ? Demanda Chick. Oh, n'importe quoi, dit Colin. Pourvu qu'ils me donnent de l'argent. Les fleurs coûtent très cher.(…)Il faut que je guérisse Chloé, et tout le reste m'est égal? »

 

Sans oublier qu’il n’hésite pas à donner, comme ça, la moitié de sa considérable fortune juste pour que son meilleur pote soit heureux. Sympa mais complètement irresponsable !

 

Quant à Chick et Alise, cela ne vaut guère mieux. Chick a une passion dévorante pour Jean-Sol Partre. Ce qui faisait l’admiration d’Alise finit par faire son désespoir. Dans l’idée de Chick, rien ne surpasse ses passions, malgré sa fiancée, malgré les promesses d’avenir faites. Il en perd tout sens des réalités et des responsabilités au point de perdre son job et la vie.

« Oh, tu sais ! Moi?, dit Chick, en dehors de Jean Sol Partre, je ne lis pas grand-chose. »

Amoureuse, Alise accepte tout de la part de Chick, même de le voir sombrer et de se désintéresser d’elle. Elle aussi y perdra la vie. Toute passion est dangereuse, amoureuse ou pas.

Cela ne nous rappelle-t-il pas certains ados passionnés, au point d’en devenir obsessionnels ? Comme d’une musique, d’un instrument (« ouais, je vais être une rock star, le reste je m’en tape »), d’une personne, d’une religion, d’un principe ?

Ca
r c’est là la réflexion qui devrait venir à tout parent après avoir lu l’Ecume des Jours : comment donner les armes suffisantes à nos enfants une fois qu’ils seront amenés à se débrouiller seuls ? Leur donne-t-on toute la force nécessaire pour affronter un monde que l’on sait dur, cruel et inflexible. Comment expliquer à un jeune homme ou une jeune fille que son premier amour peut être néfaste s’il s’oublie dedans ? Comment leur apprendre à modérer leurs passions et à les tenir à leur juste mesure. Comment les rendre réalistes sans pour autant leur faire perdre leurs rêves ?

J’imagine que ce sont les inquiétudes de chaque parent qui lâche son enfant dans le grand bain de la vie « saura-t-il s’en sortir seul ? ».

Parce que nous, adultes expérimentés, savons que tôt ou tard ils se mangeront un mur…le truc de l’éducation c’est de filer un casque et des protections rembourrées.

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