Si Einstein savait…

7 janvier 2015

Je-suis-CharlieEinstein a toujours opposé l’imagination à la simple croyance, la créativité à l’ignorance des masses.

On a beau grandir en société, s’affirmer comme individu plus ou moins éclairé, un être à part ressemblant à des milliers d’autres uniques, on en oublie parfois que le rêve, une vision naïve et enfantine de la vie, crée le beau et la liberté. Au contraire, on s’enfonce plus facilement dans les vicissitudes du monde, englués dans les différentes crises, les différentes peurs, les différentes haines, qu’on ne sait plus poser des yeux amusés sur cet infini limité qui nous entoure.

Aujourd’hui, 7 janvier 2015, nouveau mercredi noir, la créativité a perdu face à la haine, la bêtise et la volonté de détruire. Certains jours se marquent d’une pierre blanche, celui-ci se démarque en rouge sang.

Tous les jours il y a des drames, des tragédies, des barbaries, des morts, tout autour de nous. Pourquoi l’attentat sanglant de Charlie Hebdo devrait nous toucher plus que d’autres événements ? C’est une question qu’on m’a même posée lorsque l’actualité est sortie. C’est vrai ça, chaque jour des gens pleurent, des gens souffrent, rien de tout cela n’est juste. En effet…

Cependant, au-delà de l’horreur, au-delà même de la liberté d’expression qui est bafouée dans le pays qui se targue d’être une terre élue des droits de l’Homme, c’est la perte d’un bien plus précieux que nous pleurons tous, ou devrions pleurer collectivement.  Aujourd’hui, des hommes inconnus ont délibérément choisi de détruire le fondement de ce qui constitue notre humanité : l’imagination.

Einstein, toujours lui, affirmait dans sa façon de voir le monde : « C’est la personne humaine, libre et créatrice qui façonne le beau et le sublime, alors que les masses restent entraînées dans une ronde infernale d’imbécillité et d’abrutissement. »  Si l’on nous retire cette liberté de créer, cette liberté de rêver en toute volonté, que nous reste-t-il ? Que devenons-nous ?

A la liberté d’expression a fini par succéder un acte violent, à l’acte violent est en train de succéder la haine, le fossé entre les individus, les clans, quel sera le mouvement suivant et surtout notre civilisation saura-t-elle se relever la tête haute ? Sans savoir, sans preuves avérées, certains, émus, accusent ; certains, opportunistes, utilisent, récupèrent, déforment ; d’autres enfin, jubilent, applaudissent, ridiculisent. Tous ont perdu quelque chose, un bout d’âme, mais peu en ont vraiment conscience. La terre continue de tourner même si elle ne marche plus droit.

Bien sûr le choc est violent. C’est comme se prendre un trois tonnes en pleine tête après une bonne balade en forêt à chercher du muguet. Tout ce qui vient à l’esprit c’est « pourquoi ? », au point d’en faire une litanie collective qui nous colle à la peau. Il y a des témoignages, des réactions engagées des différentes communautés, des preuves plus ou moins directes. Mais au final que sait-on ? Que des hommes très bien organisés et très bien renseignés ont pénétré dans le bâtiment de Charlie Hebdo avec des jouets pas très sympathiques qu’on trouve difficilement dans des pochettes surprise. Qui savaient à l’avance qui serait là, qui viser et surtout qui l’ont fait avec une maîtrise qu’on n’apprend pas dans une partie de Call of Duty. La question du « pourquoi » est importante, mais la question du « pour qui » ne l’est pas moins. Car qui peut avoir un réel intérêt à museler une presse satirique indépendante ? Tout ceci semble absurde, incompréhensible, délirant.

On parle beaucoup de la colère développée après certaines caricatures (même pas originales car venue du Grand Nord). Faut-il tellement d’années pour mettre au point une vengeance pareille ? Tellement préparée, organisée et assassine ? D’affreux desseins pour des dessins ? Alors qu’au final, la conséquence sera seulement de monter les gens les uns contre les autres. Quel intérêt ? Ou y a-t-il autre chose, de plus profond, la preuve que le combat pour la liberté se perd peu à peu ? Qu’il est déjà trop tard ?

Dans le fond, qu’on sache pourquoi ou pas, la lumière ne brillera plus jamais de la même façon, la créativité s’exprimera désormais avec moins d’insouciance, et nous avons tous perdu un peu d’humanité. L’imagination est ce qui permet aux hommes de sublimer le réel, en le rendant magique, en le moquant, en le regardant avec des yeux d’enfant parfois cyniques mais jamais méchants. De quels yeux peut-on regarder un monde qui a peur, un monde qui ne sait plus rêver en toute légèreté ?

Aujourd’hui, je suis Charlie, tu es Charlie, nous sommes tous Charlie…volontaires dans notre envie absolue de monde libre et de le crier sans peur. Pleurons nos morts, mais surtout relevons la tête en leur nom !

Que tout ne soit pas vain.

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