Trop bonne…

16 janvier 2014

pommeTrop pomme ! Je vais t’étonner Lecteur mais la vulgarité n’est pas un état naturel chez moi (j’ai dû bosser dur pour jurer mieux qu’une poissonnière en colère). Telle une enfant bien élevée de 5 ans et demi, j’ai dans mon vocabulaire toute une palette de « pomme », « mercredi », « punaise », « purée » « zut » et « flûte », quand je n’agrémente pas l’ensemble de « diantre », « mazette » et « sacrebleu ». Mais parfois je chasse le naturel…

Enfin là n’est pas le sujet.

On le comprend quand on devient une grande personne aguerrie du monde du travail, mais « ça va ? » n’est en général (99%) des cas qu’une question rhétorique. Question à laquelle il convient de répondre « bien et toi ? », que cela soit faux n’est pas le problème, c’est le principe du rituel (et j’en profite pour te dire, Lecteur adoré, que non, je ne vais pas parler d’AUM tous les jours, mais si tu es sage et patient, ça va revenir). Donc ça, c’est acquis. Là où l’on rigole moins, c’est lorsque la rhétorique atteint tes potes. A vrai dire, c’est un poil différent. Dans ces cas-là, cela débouche parfois à « Ça va ? Cool ! Attends, j’ai un truc à te raconter ». Je ne généralise pas, mais j’ai comme l’impression qu’avec la crise, les véritables échanges se sont fait la malle et que l’on s’écoute davantage parler que par le passé (attention, petite mise en garde, je ne suis pas en train de piler mes amis, je constate un phénomène sociétal…ouh là, je marche sur des œufs avec ce sujet moi !)

Qui n’a jamais reçu un appel d’un ami qui en fait ne vous contactait que pour parler de lui-même, sa vie, ses amours, son travail, vous reléguant au rôle d’oreille attentive ? Bon, d’un autre côté, on l’a tous fait au moins une fois également (c’est moche). Je nuance quelque peu mon propos ceci étant. Il y a bien une différence entre l’ami qui vous appelle car il ne va vraiment pas bien, est à la recherche de vos lumières ou votre soutien, et celui qui s’ennuie tout seul et qui n’a pas envie de claquer une thune chez un psy (chez vous aussi, il y a un divan et la porte est toujours ouverte). Ce qui est agaçant dans ce dernier cas, ce n’est pas, évidemment, le fait d’apporter écoute et affection à la personne qui parle (et qui a besoin de vider son cœur sur votre épaule sympa). Non, c’est bien le fait qu’à partir du moment où le monologue commence, vous n’existez plus. Peu importe que vous alliez bien ou mal, que vous ayez des nouvelles fraîches, que votre chat soit mort…vous êtes une oreille qui parfois doit se fendre d’un « oh ? », « ah ? », « oui c’est dur ! » et autre « j’imagine… ». Alors que la base de l’échange (je trouve), c’est quand même de s’intéresser un minimum à l’autre, de le laisser en placer une et de le soutenir autant qu’il vous soutient.

Qu’on se le dise, je parle beaucoup et notamment de moi. Mais ce qui se sait moins, c’est que je réponds toujours « présente » quand quelqu’un a besoin de parler, y compris quand ma propre vie part à la dérive et que j’aurais bien besoin d’une autre épaule que celle de mes chats. Du coup, si je m’impose en général en société, dans ces cas-là, je m’efface totalement…et je ronge mon frein ! Je sais, je sais, je pourrais taper du poing sur la table, couper la parole pour ramener les choses à moi, seulement, question d’éducation et de tempérament, j’écoute patiemment, me range dans le rôle attribué, par peur de blesser l’autre en osant me mettre en avant. Égocentrique assumée mais pas nombriliste.

Ce qui peut donner lieu à des situations pénibles…Comme cette amie en couple qui t’appelle pour te vomir son bonheur et son mec parfait quand toi tu es seule (marche aussi avec son super job), se plaint d’un bobo au doigt quand tu as annoncé ta maladie incurable, te raconte par le menu des heures durant sa journée shopping alors que tu as eu ta banquière au téléphone 1 heure avant, ou pleure sur la connerie de ses collègues alors tu as de quoi monter un one woman show avec les tiens. Et en bonne nounouille que je suis, j’écoute, je conseille…et je ne la ramène pas. Parce que un « euh…et moi ? » me semblerait tout à fait déplacé. Forcément, je suis celle qu’on appelle toujours (je suis vraiment une fille super sympa).

Bon, le but n’est pas de parler de moi (enfin pas totalement). Mais je m’interroge. Comment en est-on arrivé à ne parler que de nous quand le fait d’avoir un proche au téléphone devrait être un moment de complicité, un truc qui rapproche et créé un lien fort dans les bons et les mauvais moments ? Est-on (et je me mets dans le lot) devenus tellement individualistes que l’autre, une fois la honeymoon amicale passée, n’est devenu qu’un objet à notre service narcissique au point de ne plus se soucier de se mettre à sa place deux minutes ? Une tendance due à l’essor du virtuel, à force de parler à un écran, on en vient à se répandre dans la vraie vie, oubliant qu’on parle à un être de chair et de sang avec des émotions bien à lui ? Car le côté « je veux te voir car j’en ai envie et que je tiens à toi » est quand même en chute libre, c’est le côté consommable où tout le monde se doit d’avoir une utilité les uns pour les autres. Encore une fois (j’aime me répéter), je globalise à la truelle, bien sûr les vrais échanges et l’amitié sincère existent encore. Et heureusement. Je pense à mes amis qui m’appellent pour me remonter le moral sans que je demande, qui s’inquiètent après avoir lu un article tordant car ils savent lire entre les lignes, ou qui pensent à moi pour passer un bon moment. Néanmoins, la rhétorique de l’amitié tend à se répandre et c’est un peu triste.

Mais promis, je vais avoir des tas de trucs marrants à raconter prochainement !

En attendant, et vous, ça va ?

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